Fiction Sonore

Jencyo Rêva, une fiction sonore au bon goût de sérieux 

Avant de plonger dans le monde du Podcast pour ne plus jamais en ressortir, mes premiers contacts avec le format audio se sont fait au travers de la fiction sonore. Obsession personnelle passée de mode au temps de l’université, j’y ai replongé il y a quelques années grâce à Jencyo Rêva produit par le Fhonirum. Et c’est de la bonne. 

Saga MP3 et Fiction Sonore

Je ne vais pas avoir l’outrecuidance de tenter de retracer l’itinéraire français des fictions sonores (fictions audio, sagas MP3, films sans images… Chacun y va de son terme) et il n’existe pas à ma connaissance d’article ou de site qui ait réussi cet exploit. Néanmoins, une liste non exhaustive des fictions sonores francophones peut se retrouver sur le forum du Netophonix, une communauté œuvrant dans le domaine.

Ce dont je me souviens, c’est qu’à l’époque on parlait plutôt de sagas mp3 avec des noms qui sont restés tels le Donjon de Naheulbeuk ou les productions de Durendal (oui le même, c’était pas hier). J’ai plongé là-dedans à une époque où je me demande encore comment je pouvais dormir si peu et obtenir le bac dans la foulée.

Ces fichiers MP3s que l’on téléchargeait directement sur les sites des producteurs tournaient en boucle sur mes lecteurs MP3. Autant vous dire que j’en ai mangé du Banal Fantasy dans le bus pour aller au lycée… Les parodies en particulier étaient reines et on prenait un malin plaisir à découvrir des jeux vidéos ou anime sous un prisme nouveau. Grand kiff d’ado.

Quand j’ai repris contact avec les sagas MP3 il y a 2 ou 3 ans, avec mes 15 ans de plus, j’étais en recherche de quelque chose d’autre, quelque chose qui me stimule un petit peu plus que la dépêche AFP sur Raggot le hamster.

Jencyo Rêva, entre le Shōnen et le Young Adult

Je ne vous apprends rien en vous disant que c’est toujours quand on arrête de chercher, qu’on trouve. Après avoir testé des dizaines de fictions sonores sans en trouver aucune qui contentait mon cœur d’autrice et de rêveuse, j’ai lancé le prologue de Jencyo Rêva.

Oublions d’emblée les faux tabous sur la littérature jeunesse et les adultes : passé 30 ans, je me plonge toujours avec plaisir dans ces univers. Vous aimez Full Metal Achemist, Attack on Titans, Evangelion ou Hunger Games ? Alors vous allez accrocher à Jencyo Rêva. On sent dès les premiers épisodes l’intérêt du scénariste Selkio pour ces genres tant sa narration – certes appliquée à l’audio – suit à merveilles les canons de la quête d’identité et de soi, c’est un Nekketsu comme on les aime.

Coup de foudre immédiat pour la série ? Pas vraiment, mais j’ai été tout de suite embarquée dans l’univers sonore de Jencyo Rêva. En plus d’être porté par un scénario aux métaphores et interprétations multiples (Interprètes, interprétations, vous l’avez ?), le format laisse une large place à une ambiance musicale qui sait appuyer ou se retirer quand il le faut. J’avais trouvé écouteur à mon oreille.

Synopsis

Jencyo Mostinel est un jeune adulte de 21 ans qui se réveille après un an de coma, son dernier souvenir est la douleur cuisante de balles pénétrant son thorax. Autant vous dire qu’il est surpris de se réveiller, mais peut-être encore plus de se retrouver en plein cœur d’une attaque dont il ne saisit ni les tenants ni les aboutissants. En pleine fuite, on lui fait comprendre que sa survie est essentielle, au point de laisser des soldats en arrière face à une mort cruelle car Jencyo est destiné à sauver l’humanité. Ambiance.

Vous êtes un être humain. Vous évoluez dans le monde et le monde vous a construit. Il en est de même pour un interprète. A la différence qu’un interprète peut manipuler la structure du monde selon son bon vouloir. C’est ce que Jencyo Mostinel a découvert à son réveil. Son monde est dévasté et l’humanité court à sa perte. Est-ce que ses interprétations pourront sauver le monde de Rêva ?

Extrait du site Fhonirium.com

Il doit donc se battre contre un ennemi qui semble avoir pris l’ascendant sur l’Humain pendant son coma, dans un combat qui s’annonce ardu voire impossible. C’est face à la Tour Eiffel qui s’effondre que Jencyo prend conscience de la réalité de ce monde, qui lui semble à la fois si semblable et si inconnu.

Pourquoi tenter l’écoute de Jencyo Rêva ?

Parce que c’est épique.

C’est le mot qui me vient immédiatement à l’esprit quand j’essaye de mettre des termes sur les raisons de la passion qui m’a prise lorsque j’ai mis ma main dessus. J’ai pris conscience – surtout depuis que je suis passée du côté de la création de fiction sonore – de l’absence totale de limites quand on s’amuse avec ce format. Votre seule contrainte est le son, tout le reste peut être suggéré ou explicité, ce qui ouvre un monde infini en termes de narration. Le Fhonirium a su parfaitement exploiter cet avantage. Les auteurs n’ont pas hésité à se lancer dans un récit ambitieux aux multiples interprétations.

Le thème de Jencyo Rêva, c’est un marronnier classique du shonen manga et des romans de Fantasy : le petit jeune qui n’a rien demandé à personne et qui se retrouve à porter le destin d’un peuple, d’un monde sur les épaules. Jencyo Mostinel, donc, se réveille après un an de coma pour échapper de peu à l’attaque de monstruosités appelées « Maras » qui, pour une raison alors inconnue, semblent en avoir personnellement après lui. En plus de ça c’est la guerre civile, Paris tombe. Une putain de bonne ambiance les gars.

La série parlera en particulier aux amateurs de musique, elle est intimement liée à l’action et aux états d’âmes du héros. Il est certain que Jencyo Rêva ne serait pas la même production sans ses touches musicales qui appuient très souvent le côté épique du récit.

Jencyo, et les autres

Car le cœur du récit de cette fiction sonore, ce sont les interactions de Jencyo Mostinel avec les autres… et avec lui-même.

Tout au long des épisodes, on suit la quête de ce héros pour découvrir la vérité et repousser les Maras (qui veulent un peu détruire l’Humanité, un petit dimanche pépère quoi). Évidemment, cette aventure est émaillée de rencontres – plus ou moins heureuses – ou de retours au passé pour mettre des mots sur ses maux, savoir qui il est et ce qu’il veut réellement faire. Les personnages de cet univers sont nombreux et réalistes, ils peuplent ce monde et lui donnent une profondeur tangible.

Si je dois partir dans la philosophie, Jencyo c’est toi. C’est moi. C’est tout le monde. En l’occurrence, tous les personnages sont importants : Brandford, Terra, Dan ou même l’exaspérante Sarah sont là pour amener une pierre à la vie et l’évolution de Jencyo.

Jencyo, c’est la peur de demain, de ce que l’on doit faire et va faire, et ça ne le rend que plus attachant (et agaçant). À la manière de Full Metal Achemist, on illustre ici le passage à l’âge adulte version survival servi par des allégories et des métaphores et un soupçon d’aventure quand le héros n’est pas en pleine introspection. Car Jencyo est un héros qui pense beaucoup, et ça change un peu des pures têtes brûlées qui font avancer le scénario mais pas l’auditeur ou auditrice.

À noter que cela peut-être un point négatif pour certains, car certains épisodes vous plongent dans la tête de Jencyo – ou d’un autre personnage – pendant plusieurs minutes. Conséquence, ça peut ennuyer certains auditeurs ou auditrices. Ce n’est pas qu’il ne se passe rien mais il est certain que pendant ce temps-là, le scénario n’avance pas au sens strict du terme.

Inspirations multiples

Difficile de nier les inspirations dans lesquelles baignent la saga Jencyo Rêva, mais c’est pour moi un énorme plus. Une espèce de Madeleine de Proust : je retrouve dans le scénario et ses développements ce qui m’avait emportée, plus jeune, lorsque je plongeais dans le monde du manga et de la littérature de l’imaginaire.

Sans pouvoir affirmer que c’est une inspiration, je retrouve un peu d’Evangelion dans les questionnements de Jencyo, et de son affirmation face au monde. Dans un autre registre, je pense à des parallèles entre des personnages tels que Brandford/Tucker dans Full Metal Alchemist, et les auteurs confient eux-même que le Généralissime est modelé sur un autre personnage de FMA. Personnellement, je trouve que le héros a des petits accents de Tidus dqns FFX ou Ichigo dans Bleach…

Et en effet, le duo de base constitué de Selkio et Ryku – maintenant rejoint par Baz, illustrateur – ne se cache pas de l’influence que Full Metal Achemist a donné à leur œuvre. Côté musique, on retrouve des morceaux d’Escaflowne par exemple mais aussi du Final Fantasy, Xenoblade Chronicles, Vampire Knight ou Gears of War. La pop, l’électro ou les OST ont aussi leur place dans la saga.

Je suis convaincu.e, file la cam

À l’heure ou j’écris ces lignes, les 6 chapitres – jusqu’à la partie 3, sortie le 1er octobre 2020 – composant le cycle 1 sont en ligne sur YouTube ou sous forme de flux RSS. Il faut le savoir avant de se lancer dans ces heures d’écoutes : les sorties d’épisode sont aléatoires et souvent sous forme de « surprise c’est nous ». Avide de régularité ou de complétude, passez votre chemin.

L’équipe s’est également lancée dans un remake des premiers épisodes (sortis en 2012 quand même, voilà) pour les remettre au goût du jour. Les deux premiers épisodes de la saga sont donc tout chaud tout propre :

Qui aimera Jencyo Rêva ?

  • Les amateurs et amatrices des genres Young Adult, Dystopie, Science-Fiction ou Fantasy. Si vous n’avez jamais tenté la fiction audio, c’est une très bonne entrée en matière.
  • Celles et ceux qui cherchent un peu plus de sérieux et de profondeur dans les sagas MP3, qui n’ont pas accroché à la vague parodie et humour.

Qui n’aimera pas ?

  • Celles et ceux qui veulent une série terminée avant de se plonger dedans, qui ont du mal avec l’évolution de la qualité ou du style au travers des épisodes ou qui préfèrent une production professionnelle (disparité des qualités d’enregistrement, casting plus ou moins heureux, etc.)
  • Celles et ceux qui ont du mal à s’identifier ou suivre des ado, adulescents dans leur évolution.
  • Allergiques à la Sci-Fi ou l’Urban Fantasy, aux récits avec 90% d’hommes (les personnages féminins sont forts et bien représentés mais trop peu nombreux et souvent stéréotypés comme le sacrosaint Love Interest par exemple)

Et après ?

Jencyo Rêva a été personnellement une porte d’entrée vers le monde des fictions sonore plus abouties, plus matures et globalement, qui me parlent un peu plus. Depuis, je suis tombée en amour pour les productions de François TJP mais aussi pour des productions anglophones qui méritent à être connues en France. Si vous avez aimé Jencyo Rêva, vous pouvez aussi aller prêter une oreille attentive au Poséidôme chez AudioDramax, au Chasseur de François TJP ou encore à Limetown côté anglophone.