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Gashadokuro : le géant squelettique du folklore japonais

Si l’idée de croiser un squelette marchant en pleine nuit vous effraie déjà, ne partez jamais à la recherche du Yōkai répondant au doux nom de Gashadokuro… Ce squelette – ou plutôt cet amas de dizaines de squelettes – peut faire jusqu’à 15 mètres de haut (l’équivalent d’un immeuble de 3 étages quand même) et vous poursuivra sans relâche.

Un conseil : ne le croisez pas.

Comment faire un Gashadokuro ? Notre recette

Admettons, vous êtes un cuisinier audacieux.

Pour commencer, un bon Gashadokuro se trouve en général au dessus d’un charnier, d’un champ de batailles ou de tout autre lieu où un massacre a laissé des âmes en quête de vengeance… Car le Gashadokuro cherche avant tout vengeance pour une mort injuste, dans le déshonneur. Au Japon, on les retrouve en particulier près des endroits où se sont jouées les batailles les plus terribles de l’histoire du Japon comme par exemple celle de Sekigahara.

Ces âmes en quête de justice, de repentance s’associent alors pour former un gigantesque Gashadokuro qui va partir à la recherche de vivants – n’importe lesquels – à dévorer. À noter que les âmes formant ce fantôme sont également anonymes. Cela rajoute un niveau d’injustice à leur situation, les classant de façon surprenante dans la catégorie des Yūreis ou Onryōs. Le parallèle peut être compliqué à faire, mais le Gashadokuro est proche de la Kuchisake Onna dans la classification Yōkai.

Contrairement à cette dernière, les témoignages modernes de ces apparitions sont presque inexistants sur le web. Pas de discussion yahoo demandant comment lui échapper ou ce qui le repousse : le Gashadokuro est une créature mythique donc vous ne risquez pas de la croiser au coin d’une rue. Si vous voulez mon avis, tentez plutôt un cimetière ou un charnier au Japon.

Gachi Gachi

Le Gashadokuro a un autre nom, plus discret : on l’appelle le Oodokuro, qui signifie en japonais grand squelette ou grand crâne. Gachi gachi, l’onomatopée japonaise pour les bruits de dents contre dents ou d’os (utilisée chez le dentiste par exemple), est également associé à ce Yōkai. Il serait tout simplement le bruit qu’il fait lorsqu’il se déplace la nuit pour vous attraper…

Le squelette géant ne sortirait effectivement que durant la nuit, se servirait de ses grandes mains pour attraper les humains qui passent par là et les décapiter d’un coup de dent rageur. Si vous traversez un terrain vague ou un cimetière et que vous entendez gachi gachi, vous êtes prévenus.

Petit guide de défense contre le Gashadokuro

Si on avait de vous préparer à une rencontre avec la Kuchisake Onna, on n’est un peu plus démunis ici… Il n’existe pas de remèdes ou de « trucs » à 100% efficace contre le squelette géant. À essayer, un omamori shintō : ces amulettes protectrices à acheter directement dans les sanctuaires seraient un moyen de se prémunir d’une rencontre avec le Gashadokuro.

Si jamais, au grand jamais, vous vous retrouviez face à un Oodokuro au cœur de la nuit, le seul conseil à appliquer serait de courir, sans vous arrêter pour tenter de le semer. En effet, c’est la rage pure qui anime ces squelettes et par conséquent une fois que le carburant s’épuise… Il disparaît ! Dénué de la rage, la colère ou l’injustice qui les habitaient jusque là, les squelettes se désintègre et le Gashadokuro s’éteint avec eux.

Combien de temps vous faudra-t-il courir ? Comment mesure-t-on la jauge de ce carburant ? On rappelle que notre conseil reste de ne pas le rencontrer. Quant aux pouvoirs recensés, il n’en existe qu’un seul vérifié : la possibilité d’apparaître et disparaître à foison.

Saturne dévorant un de ses fils par Francisco de Goya peut évoquer un Gashadokuro vous attrapant la nuit
Saturne dévorant un de ses fils par Francisco de Goya peut évoquer un Gashadokuro vous attrapant la nuit

Des origines historiques floues

Les illustrations représentant le Gashadokuro sont légions et remontent à l’ère Edo. Il est donc facile de se laisser aller à penser que les origines du mal sont elles aussi apparues au Moyen-Âge japonais. De plus, sa représentation la plus connue et répandue est une estampe de Kuniyoshi Utagawa. C’est une gravure sur bois impressionnante représentant une légende japonaise : la princesse Takiyasha. On l’y voit en train d’invoquer une armée de Yōkais pour se défendre contre des ennemis attaquant le palais. Dans ce triptyque, l’armée est représentée sous la forme d’un squelette géant… Qui n’était alors pas encore appelé Gashadokuro.

Takiyasha the Witch and the Skeleton Spectre, une illustration du Gashadokuro par Kuniyoshi Utagawa

Takiyasha the Witch and the Skeleton Spectre, Kuniyoshi Utagawa, Domaine Public

Si en lisant la description du Gashadokuro, on ne peut que penser que l’illustration représente ce Yōkai, il reste difficile de le confirmer. Le Gashadokuro n’a eu droit à sa première définition que dans les années 1970, dans le Dictionnaire des Yōkais (妖怪辞書). Tout comme notre chère Kuchisake Onna, les origines du Gashadokuro se révèlent donc bien plus compliquées qu’elles ne pourraient sembler de prime abord.

Gashadokuro par-ci, Gashadokuro par-là…

Hokusai The Ghost Kohada Koheiji, estampe de Katsushika Hokusai, autre exemple de représentation de Gashadokuro
Hokusai The Ghost Kohada Koheiji, estampe de Katsushika Hokusai, autre exemple de représentation de GashadokuroS

Si souvent on lui donne un autre nom, on peut retrouver un Yōkai sous forme de squelette géant dans Nioh (boss qui a rendu fous bien des joueurs, Mathieu y compris), Dark Souls 3, Pathfinder, Shin Megami Tensei, Yugioh, ou encore Chrono Trigger. Les films d’animation ne sont pas en reste. Dans le film Pompoko réalisé par Isao Takahata au sein des studios Ghibli, on peut apercevoir une parade des Yōkais et parmi eux… Le Gashadokuro.

Côté moderne, il est là, on ne peut pas le rater mais les temps anciens ne sont pas en reste. Ce thème se retrouve dans d’autres œuvres de l’époque comme par exemple une autre estampe de Katsushika Hokusai (autre grand maître de l’Ukiyo-e) entreposée au Musée Guimet.

Sans pour autant porter le nom de Gashadokuro, vous trouverez aisément durant vos errances dans les œuvres de l’époque Edo des illustrations sous le nom de Odokuro ou Dokuro représentant des squelettes qui vous évoqueront instantanément votre nouvel ami.

Odokuro, un court métrage de Aurelio Voltaire

Une petite interprétation à la fois effrayante et mignonne de la légende japonaise du Gashadokuro sous la forme d’un court-métrage.

Autres références du Gashadokuro

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